Un rapide tour d’horizon de ses séries en cours faisait état d’un retard variant entre cinq et dix tomes ce qui découragea le Lurker. Il ne lui restait qu’une seule solution, se tourner vers les nouveautés. Un étalage sans fin de premier tomes de Shojo et autres Shonen semblant tous plus inintéressant les uns que les autres s’offrait devant lui. Le choix n’était pas difficile, il était impossible. Suite à près de quinze minutes d’errance, au détour d’un présentoir rempli de Death Note et à la limite de la nausée, l’œil de l’hikikomori fut attiré par un gros manga posé au niveau du sol tel un déchet. L’autocollant  « Sélection Officielle/Angoulême 2009 » le décida finalement à se jeter à l’eau et à sortir le porte-monnaie.

 

 

Voici ses impressions :

 

Undercurrent c’est l’histoire un peu compliquée de Kanae, une femme au fort caractère et très volontaire. Depuis la disparition de son mari il y a quelques mois, elle gère seule et non sans difficultés les bains publiques « Tsuki no Yu ».  Après une longue période de fermeture, elle réalise qu’il n’est plus possible pour elle de diriger les bains, elle va donc accepter l’aide de Hori, un homme envoyé par le syndicat. En parallèle, sur les conseils d’une vielle amie, elle embauche un détective privé un peu étrange pour enquêter sur le mystère entourant la disparition de son mari. Tout au long du récit nous découvrons le destin de cette femme désespérée rêvant et fantasmant continuellement sa propre noyade mais aussi de Hori dont le vrai but restera secret jusqu’à la fin. Les habitués des bains quant à eux apporterons un peu de fraîcheur et de comédie dans cette histoire parfois très sombre.

 

 

 

 

Comme précisé au début du livre, Undercurrent signifie courant sous-marin mais peut aussi caractériser quelque chose de sous-jacent, de sous-entendu. Ce titre fait écho à tout le récit. Tout d’abord le thème de la noyade est largement évoqué tant dans son sens propre que figuré. On retrouve aussi de nombreuses références aux mensonges et aux vérités cachées. Hori et Kanae sont deux personnages qui cachent leurs véritables sentiments mais aussi leurs histoires respectives. Un passé que l’on voudrait parfois oublier mais qui refait sans cesse surface. Un silence pesant face à un mensonge qui dure depuis ce qui semble être une éternité, voilà le fondement de ce conte urbain.

 

Le travail de Tetsuya Toyoda rappelle grandement celui de Jiro Taniguchi, très connu en France pour des œuvres telles que « Quartier Lointain »  ou « Le journal de mon père ». A la lecture d’Undercurrent vous retrouverez le même sentiment qu’après avoir fini l’un de ces mangas. L’impression d’avoir lu l’histoire d’une personne qui finalement pourrait être n’importe qui. Au-delà de son style de conteur, le trait  épuré et réalise de Toyoda rappelle aussi celui de Taniguchi.

 

 

 

 

Au final, voilà un manga qui ne plaira certainement pas à tout le monde du fait de son rythme lent inhérent à ce type d’histoire. Mais il ravira les adeptes du genre et pourrait en convaincre quelques un d’élargir leurs lectures ce qui ne fait jamais de mal. De plus Kana nous livre là une édition de bonne qualité comparativement à ce qu’ils ont l’habitude de nous refourguer. Un manga d’exception à conseiller à tous. Un manga qui nous rappelle que la bande dessinée est un Art en plus d’être un divertissement.

 

Cette œuvre aura-t-elle réussi à rouvrir le cœur du Lurker ? Euh ... non.