Alfred est un jeune garçon dont la tête est remplie de rêves, de la manière dont l'animation japonaise aime à les mettre en scène : audacieux et ambitieux dans ses ambitions et dans sa passion, complètement désintéressé par le reste. Et Alfred est en effet passionné, passionné par l'armée, dans un contexte de développement militaire plutôt avenant, il faut le dire. On retrouve d'ailleurs une pique lancée aux sponsors dans les intérêts d'Afred, qui préfère les Zaku, mechas utilisés par Zeon, diabolisés par la première série comme étant la Dictature, l'Ennemi et fortement inspiré de l'Allemagne nazie, au Gundam, sur-médiatisé au moment de la série comme étant l'arme ultime qui allait détruire Zeon et mettre fin à son règne de terreur. Alfred, on le suppose, préfère le zaku, plus crédible physiquement et militairement parlant que le Gundam qui ressemble à un immense jouet peinturluré aux couleurs de l'uniforme de Haruhi. Alfred , par ses goûts qui sont à la fois contraire à l'idéologie de la colonie (qui bien que neutre penche plutôt vers les valeurs de la Fédération que celles de Zeon), et qui rentre en conflit avec ses camarades de classe qui sont émerveillés devant les exploits du Gundam, ce robot, qui n'est finalement que le grand jouet auquel il ressemble. On découvre alors un pan de la personnalité d'Alfred qui fait miroir au public visé, à l'époque, par ces OVA, qui n'étaient au fond que des vieux terriens n'ayant pas oublié leurs rêves, et qui croyaient aux valeurs proposées par la première série Gundam : Faire un véritable space opera avec une crédibilité politico militaire qui est rarement présente dans les animes de robot. Ces vieux terriens pourraient s'identifier au jeune Alfred qui cristalliserait ainsi une partie des rêves qu'ils ne devraient jamais oublier.

J'aime à croire que le but d'un anime est de nous faire rêver, ne serait-ce que l'espace de 26 minutes. Au départ, aussi bien en occident qu'en orient, le dessin animé avait pour but de divertir les enfants en leur proposant des images bougeant en accord avec leur sensibilité, alors innocente, et les valeurs que l'on pense nécessaire de leur inculquer. Walt Disney avait alors pu présenter des œuvres parvenant à cette fin, utilisant pleinement le pouvoir de ce que l'on appelle maintenant dans la blogosphère la ''2D''. Ce pouvoir d'évoquer dans nos faibles esprits beaucoup plus que ce qui se trouve devant nos yeux est, à mon avis le support rêvé pour vendre du rêve, quel que soit le public visé; qu'il s'agisse d'un miroir de notre enfance, le récit de ce que nous aimerions que soit notre vie de tous les jours, une épopée dans l'espace ou d'un rêve humide.

La mise en abîme du spectateur à travers Alfred est tout de même relativement superficielle, et ce à dessein afin de ne pas encourager le spectateur à s'identifier au personnage, mais plutôt de vivre sa vie à ses côtés, de partager les pensées et les espoirs d'un autre rêveur.

Si d'un côté je pense que cet anime n'est pas fait uniquement pour les fans de mechas, en particulier de Gundam, et que je pense qu'il s'agit au contraire de l'œuvre idéale pour commencer Gundam, d'un autre côté, il s'agit d'une œuvre qui fait complètement écho à toutes les notions et à toutes les valeurs transportées par les animes de ce genre si particulier, mais si caractéristique de l'animation japonaise que nous aimons. Nombreux sont les animes qui parlent d'男のロマン(otoko no roman), parfois à tort et à travers, et très souvent faisant echo à la libido des , cependant peu sont les animes qui développent réellement ce thème. Ici, nous avons Alfred, un garçon qui a au plus 12 ans, qui a développé une passion comme nous en avons tous développé étant jeune. Ladite passion occupe tout son esprit, et lui aura la chance de pouvoir approcher de près cette passion. Je ne parle pas de PASSION en majuscule, en gras, en rouge, mais simplement d'une de ces passions souvent éphémères nées dans la fougue de la jeunesse, et qui s'éteint avec le temps. Ces passions nourries par l'attrait de l'inconnu et l'innocence de la jeunesse finissent assez souvent par se briser face à la réalité. Là où le petit garçon qui rêvait de devenir pilote d'avion de chasse se rend compte qu'il faut investir énormément de temps afin de passer les concours nécessaires, pour au final ne pas pouvoir passer plus du tiers de l'année avec sa famille, ou là où la petite fille qui veut devenir enseignante se rend compte qu'il s'agit d'un métier ingrat mal rémunéré, la passion s'éteint souvent, remplacée par un découragement. Je ne doute pas que nombreux sont ceux qui réussissent à persévérer au delà ce cette étape, mais il s'agit d'une étape importante par laquelle les rêveurs doivent passer.

Bien évidemment, le jeune Alfred doit faire face à la réalité. La guerre, c'est sale, le copain [insertlinkhere] vous en parlera mieux que moi. Etant jeune, la guerre est un immense jeu, que l'on peut emporter partout dans sa poche, et déployer à tout moment d'oisiveté. Les eyecatchs traduisent cette idée là : en particulier le second eyecatch où on voit une poche arrière de short, comportant un couteau suisse, un chargeur et un missile jouet qui l'a percée. D'après le contexte, le chargeur est évidemment celui d'un pistolet jouet comme nous en avons probablement tous eu dans notre enfance, mais l'ambiguïté demeure, surtout connaissant les situations dans lesquelles Alfred va se retrouver. Je ne m'attarderai pas sur l'interprétation freudienne du missile trouant la poche arrière du jeune garçon, cependant on peut y voir que le missile, bien qu'étant un jouet, a des conséquences auquel le garçon n'a pas pensé, et qu'il ne voit pas immédiatement (parce qu'il s'agit de sa poche arrière), et qu'il ne verra que trop tard, quand sa mère lui passera un savon pour avoir déchiré ses vêtements. Combiné avec le premier eyecatch, cette image donne l'impression d'un Alfred paré au combat, qui a pris avec lui tout ce qu'il a pu trouver d'utile dans sa chambre parmi ses jouets, et qui est prêt à aller jouer à faire la guerre.

Je n'aborderai pas le thème des enfants soldats, qui est hors propos ici, et qui est traité légèrement dans 0079, et beaucoup mieux dans Ima, Soku ni iru, Boku, cependant, je voudrais souligner que la vision de la guerre qu'a Alfred n'est pas si loin de celle qui nous est décrite dans bien des animes de mecha. Ce n'est un secret pour personne que suite à leur défaite lors de la seconde guerre mondiale, le Japon s'est vu presque entièrement démilitarisé. D'une certaine manière, plus qu'une excuse, ceci ressemble plus à un prétexte afin d'occulter les notions de réalisme militaire les plus basiques, et de proposer une vision nippo-centriste des crises pouvant toucher le monde.

Revoyons le paysage dessiné par la plupart des animes de super robot : une menace extérieure à la Terre, venant d'au dessus ou d'en dessous, un héros trop jeune selon le bon sens, un poil vieux selon le spectateur, un robot venu d'on ne sait où (et on n'a pas forcément envie de le savoir), qui emprunte sa force au héros et, presque invincible, détruit les monstres ennemis les uns après les autres. Cette image est, au peu de choses près expliquées trois paragraphes auparavant, la vision qu'a Alfred des Zakus et des Gundams. Et au final, cette image du super robot invincible, défenseur de l'humanité et de ses valeurs, appuyé de son thème entraînant inspiré de marches militaires, et de ses paroles évocatrices. Cette image est tout aussi présente sur le sol nippon que chez nous, par ailleurs, j'ai pu, à l'occasion du TGS entendre plus d'une dizaine de fois le générique de Goldorak, et en posant des questions à ceux qui chantaient vaillamment, j'ai pu obtenir la réponse suivante : « Goldorak ? C'est celui qui, venu de l'espace, a défendu notre enfance ». Les crachats sur la VF et l'époque du Club Dorothée se comptent en mètres cube, cependant, je peux affirmer que certains n'ont pas pour autant perdu de vue leurs rêves de cette époque.

Notre héros Alfredt va donc vivre son rêve en cette période où les rêves, justement, portent une signification particulière; et c'est là, probablement, le Noël le plus important et le plus douloureux de sa vie. Son illusion va purement et simplement être déchirée par deux figures importantes de sa jeunesse. D'une part Chris, sa voisine et amie d'enfance, beaucoup plus âgée que lui, qui est à ses yeux une sœur, qui a vécu avec lui les étapes importantes de son enfance, et d'autre part Bernie, un pilote de zaku qui remplace assez vite le grand frère qu'il n'a jamais eu. Or, Chris, alias Christina Mackenzie travaille pour la fédération, alors que Bernie, alias Bernard Wiseman est soldat, et pilote de zaku pour l'empire de Zeon. Les souhaits d'Alfred sont donc déchirés par le conflit inévitable entre un soldat de Zeon qui incarne assez vite une figure paternelle et un membre de la Fédération, qui lui a donné l'affection d'une mère.

C'est probablement là la source du drame que va vivre ce petit garçon qui, à un premier abord, bénéficie d'une famille collant parfaitement avec le modèle familial idéal japonais, et ce, dans un cadre proche de l'idéal américain.

Son père est une grande figure du commerce inter-galactique, et à défaut d'être beaucoup présent aux côtés de sa femme et de son fils, leur permet un certain confort. C'est l'image même du salaryman ayant réussi son affaire. Au contraire, sa mère est une femme active dans la société. Elle ne travaille pas, mais est occupée par le genre d'affaire qui occupe toute mère au foyer. Elle a fourni une éducation normale à son fils, tout en lui laissant la liberté dont bénéficient tous les gamins japonais de cet âge. Ce cadre est d'un côté idéal pour nourrir les ambitions d'Alfred, mais d'un autre côté, est trop distant, et il se raccroche assez vite à Chris en tant que figure maternelle, chaleureuse et accessible, et à Bernie en tant que figure paternelle et modèle. Le rejet du modèle proposé par son père rend d'ailleurs d'autant plus fort l'attachement innocent qu'il a pour Bernie, et l'admiration qu'il ressent pour sa condition de pilote, et va rendre encore plus douloureux le moment où le rêve s'effondrera pour que se dévoile la vérité.

C'est ainsi que l'on se rend compte que ce n'est aucunement la faute à la fédération ou à l'empire de Zeon, ni même véritablement la faute de la guerre si les aspirations d'Alfred ont été déchirées. Ce n'est évidemment pas la faute d'Alfred lui même, qui est l'incarnation même de l'innocence de la jeunesse qui n'a pas encore eu le temps d'avoir l'opportunité d'oublier ses rêves. Non, on y voit ici une critique du modèle familial traditionnel japonais, qui a laissé trop peu de surveillance à un gosse, à tel point qu'il a participé à une guerre qui le dépasse, pour des enjeux qui le dépassent, et qui dépassent n'importe quel personnage des OVA, qui ne se rendent absolument pas compte que la guerre est finie, que Zeon est sur le point de capituler, et que leurs actions sont inutiles sur une échelle aussi bien stratégique que politique.

En changeant de point de vue, on peut analyser cet OVA comme étant une justification du genre du Real Robot, dont Gundam est l'emblème, de la même manière que Mazinger est l'emblème du super robot. La première série Gundam se voulait une évolution par rapport aux animes de super robot habituels, pas vraiment dans les thèmes traités, mais plutôt dans la maturité avec laquelle ils sont traités, essayant de lever le voile et les œillères qui accompagnent le rêve, afin de lui proposer un espace plus large que celui auquel il s'est cantonné. Alfred, au final partage au spectateur la maturité qu'il a acquise au cours de ces 6 OVA et lui montre le monde qui se trouve devant ses yeux, au delà des rêves.

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